News Article -- Mai (mois) 11, 2007
2010 : L’Europe crée un espace unique des paiements
Avec le SEPA, la construction d'un espace unique des paiements est bien engagéeTélécharger la version PDF de cet article
L’Europe des paiements est en marche. La Banque centrale européenne a fixé trois objectifs à la construction d’un espace unique des paiements (SEPA ou Single Euro Payment Area) : définir un cadre réglementaire harmonisé à l'échelle de l'Europe ; générer une plus grande concurrence sur les prix ; établir de nouvelles règles interbancaires à la fois simples et harmonisées. Cela laisse présager de profondes transformations du métier des paiements en Europe.
«Permettre à tous les citoyens européens d’utiliser les moyens de paiement dans l'espace SEPA au même titre que pour des paiements domestiques». Telle est l’ambition affichée par la Commission européenne et la Banque centrale européenne à l’horizon 2010. Pour les banques, cette profonde mutation du marché européen des paiements est à la fois un défi à relever et une opportunité à saisir.
La réglementation du futur espace se dessine à travers la publication progressive des documents de référence. Elle va considérablement influencer l’évolution des systèmes bancaires. Le Conseil européen des paiements a défini une «feuille de route» jusqu’au 31 décembre 2010. Elle vise à instaurer un cadre juridique complet pour les services de paiement au sein de l’Union européenne. Aujourd’hui, la variété des législations nationales complique la mise en place du SEPA. L’harmonisation est donc essentielle.
Un nouveau positionnement stratégique
L’évolution de l’offre est l’un des enjeux majeurs des prochaines années. D’ici à 2010, les institutions financières devront repositionner leur stratégie de moyens de paiements. Le SEPA va modifier le modèle opérationnel des échanges monétaires. On peut d’ores et déjà anticiper que le nouvel espace européen générera une pression sur les prix et les fonctionnalités.
Pour le reste, les incertitudes demeurent. Le contexte du système de place n’est pas arrêté. Des standards technologiques émergent mais le doute subsiste quant à leur acceptation par les clients. Le taux de remplacement des moyens de paiement, lui non plus, n’est pas prévisible. Enfin de nouvelles demandes clients appelleront de nouveaux produits. De nouvelles offres émergeront. Toutes ces variables mériteront d’être suivies de près au cours des prochains mois.
On sait toutefois que les directives prévoient la mise à disposition des instruments standards dès 2008. En 2010 se posera la question de l’émission et de la réception de ces instruments. Entre ces deux dates, le contexte évoluera sur l’ensemble des composantes. Il sera nécessaire de positionner des offres transitoires que les banques devront réajuster au fil du positionnement stratégique des différents acteurs. Plusieurs stratégies s’offriront aux institutions financières. Elles pourront opter pour un renforcement de leur stratégie clients/produits. En effet, ce qui est vrai pour les clients corporate et institutionnels ne l’est pas forcément pour les particuliers et les professionnels. Elles pourront choisir de se positionner en tant que distributeur ou en tant que producteur. Pour les unes, il s’agira de composer avec une problématique de fidélisation de la clientèle. Pour les autres, l'attention devra porter sur le traitement de masse et les échanges. Elles auront également à prendre en compte l’émergence d’une multiplication des cycles marketing, qui viendra compliquer le jeu.
Une mutation des systèmes d’information
Les impacts sur les systèmes d’information des établissements financiers sont considérables. Ils devront gérer la migration informatique d’ici à 2010. Les quinze plateformes de paiements de gros montants actuelles évolueront vers un système d’échanges centralisé. Les plateformes de règlements des petits montants migreront vers des plateformes européennes standardisées. Cette mutation majeure va nécessiter un important effort d’adaptation organisationnel et technologique.
Au delà de l’échéance de 2010, les systèmes d’information devront être capables d’anticiper l’évolution du paysage bancaire à cinq ou dix ans, ce qui exigera souplesse et adaptabilité. Plus que jamais, les systèmes d’information devront être abordés dans une vision transversale, afin d’intégrer les propositions et les contraintes juridiques et techniques. Les schémas directeurs seront de plus en plus définis en termes d’urbanisation informatique.
D’une logique orientée flux techniques et objets, on passera à une démarche orientée services métiers. Cette approche favorise l’agilité des systèmes d’information et la mise en place d’architectures interopérables et évolutives. Elle garantit l’intégration progressive des évolutions par une approche rationalisée.
Un catalyseur vers l’Europe des paiements
Pour les clients, la centralisation des paiements est une occasion d’harmoniser les pratiques, donc une meilleure visibilité de l’offreet de la concurrence. Quant aux acteurs bancaires, ils voient dans le SEPA un catalyseur de la question du positionnement stratégique. Pour eux, au-delà des enjeux liés aux logiques distributeur /producteur et externalisation/internalisation, il faudra reconsidérer la segmentation des moyens de paiement entre acquisition, traitement des flux et échanges.
La question se posera alors de privilégier une dimension nationale, européenne ou mondiale. Dans le domaine de la monétique, le SEPA devrait faire évoluer les modèles économiques en termes de cohérence des échanges. Comment répondre à la nécessité d’harmoniser sans ingérence ? Les banques qui ont une ambition européenne devront revoir leur stratégie locale. Ira-t-on vers un modèle d’interconnexions, de fusion ou vers une troisième voie ? Il sera sans doute nécessaire de mutualiser les moyens et de développer les partenariats afin de faire émerger des acteurs paneuropéens qui puissent trouver leur place sur ce nouveau marché. Avec le projet français de système de paiement de détail européen STET, la France pourrait se placer parmi les premiers.
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