Didier Reynders a été nommé ministre des Finances par le Roi de Belgique en 1999. Il a présidé la Société nationale des chemins de fer belges, la Société nationale des voies aériennes et le conseil d'administration de la SEFB Record Bank. Avocat de formation, il mène parallèlement sa carrière politique : chef de cabinet du vice-Premier ministre, ministre de la Justice et des Réformes institutionnelles, Jean Gol, il est élu député en 1992. Il a également été président de l’Eurogroupe et de l’Ecofin en 2001 et du G10 en 2002.
A la veille des élections de mai 2003, il fait ici le bilan de son action sous l’angle des nouvelles technologies : e-gouvernement, simplifications des démarches administratives, démocratie directe… Rappelant les enjeux fondamentaux de la réforme Coperfin, il croit fermement que les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont indispensables au développement de l’administration fiscale et des services que celle-ci doit proposer aux citoyens.
Un des objectifs de la réforme de l’administration fiscale belge (Coperfin) est d’améliorer la relation avec le contribuable. Il s’agit d’un programme de longue haleine. Comment voyez-vous sa réalisation, et quelle est la part des nouvelles technologies dans ce programme ?Un service public qui contraint le citoyen à payer des impôts n’attire sans doute pas la sympathie de prime abord ! Cet élément pèse lourd dans les rapports que le citoyen entretient avec l’administration fiscale. Si on admet que la grande majorité des citoyens consentent à payer leurs impôts, qu’attendent ils de ceux qui le récoltent ? L’attention se concentre sur les conditions et la manière dont s’effectue le prélèvement. C’est donc une évidence, améliorer les relations entre les contribuables et l’administration fiscale est un enjeu fondamental. La diminution de la pression fiscale était un premier pas essentiel. Parallèlement, nous avons voulu promouvoir une nouvelle culture d’entreprise au département des Finances. Celle-ci nous conduit à revoir la manière dont sont exécutées les tâches et à redéfinir les relations qui sont entretenues avec les citoyens. Il ne s’agit pas de faire table rase de toutes nos pratiques pour adopter « la bonne culture ». Il s’agit simplement de suivre l’évolution de la société et de répondre au mieux aux attentes du public, qui ne sont plus les mêmes qu’hier. Le citoyen attend que nous fassions un pas vers lui. Nous ne pouvons pas supprimer l’impôt, il souhaite donc, et c’est légitime, que nous lui simplifions la vie lors des démarches qu’il doit entreprendre pour accomplir ses devoirs fiscaux. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont indispensables au développement de l’administration fiscale et des services que celle-ci doit proposer aux citoyens. Elles représentent un soutien à la nouvelle culture d’entreprise qui s’instaure au sein du Département. Les projets déjà réalisés en matière d’e-gouvernement permettent déjà des prestations de services plus rapides, plus directes, plus conviviales, plus transparentes.
Vous êtes particulièrement sensible aux PME. L’e-gouvernement peut-il conduire à terme, à un allègement des charges administratives des entreprises ?La simplification des démarches administratives est clairement un des objectifs premiers des projets développés en matière d’e-gouvernement. C’est une réponse aux demandes croissantes des PME mais également des grandes entreprises qui sont confrontées à une masse considérable de « paperasserie ». Le site Internet du Département (
www.minfin.fgov.be) propose déjà plusieurs applications qui contribuent à l’allègement de ces charges. Les entreprises peuvent par exemple remplir en ligne leur déclaration à la TVA (Intervat), leur déclaration au précompte professionnel (Finprof), et également télécharger de nombreux formulaires officiels de l’administration via le site Finform. Rapidité et accessibilité 24h sur 24 sont les deux avantages majeurs de l’Internet. Parallèlement, la pression fiscale qui pesait sur les entreprises est réduite grâce à la réforme de l’impôt des sociétés en vigueur depuis le 1er janvier 2003.
Le Ministère des Finances est devenu le « Service Public Fédéral Finances ». Quel changement de culture ce changement d’appellation veut-il induire ?Ce changement d’appellation s’est fait dans le cadre de la modernisation générale de la fonction publique belge, à savoir la réforme Copernic. Derrière ce nouveau nom il y a évidemment une nouvelle approche. Un réexamen complet des modes d’organisation et de gestion des administrations fiscales a été réalisé par des groupes de travail composés de fonctionnaires et assistés de consultants externes. Les deux objectifs majeurs de la réforme, ont toujours été l’amélioration de l’environnement de travail des fonctionnaires d’une part, et l’amélioration du service rendu aux citoyens, d’autre part. Si on considère ce dernier aspect, il semble plus logique d’appeler un service au public « Service Public » que « Ministère »…
Vous avez réinvesti considérablement dans les moyens de l’administration, tant au niveau des ressources humaines que des ressources informatiques. Il s’agit d’un effort important portant sur le long terme. Quels sont les résultats déjà perceptibles aujourd’hui par le citoyen ou les entreprises et comment voyez-vous les prochaines étapes ?L’amélioration de l’outil en interne et des conditions de travail pour le personnel est un préalable essentiel à l’amélioration des services rendus aux citoyens. S’agissant d’investissements importants, les procédures de marchés publics et de commandes et de développement sont effectivement longues. Pour donner l’exemple de l’informatique, nous parlons de plus de 110 millions d’euros qui seront investis en 2003. Il en va de même pour les sélections qui permettent le recrutement de nouveau personnel. Il est donc clair que les améliorations ne peuvent se faire que progressivement. Les projets entrepris dès 1999, mais surtout à partir de 2001 en ce qui concerne l’informatique, débouchent déjà sur des réalisations visibles en interne mais également pour le citoyen. Il s’agit aussi bien d’informations, via le site Internet ou via une nouvelle série de brochures destinées au public, que de véritables interactions électroniques via des applications telles qu’Intervat qui permet la déclaration à la TVA en ligne. Dès le 22 mai, les citoyens pourront remplir leur déclaration à l’impôt des personnes physiques intégralement via Internet grâce au nouveau projet baptisé Tax-on-web.
Vous avez affirmé que si votre mouvement faisait partie de la prochaine coalition gouvernementale, vous seriez candidat à votre propre succession. Pouvez-vous d’ores et déjà déterminer quelques unes de vos priorités, en matière d’e-gouvernement, après les élections du 18 mai 2003 ?Il reste des défis intéressants à relever, quelque soit la personne qui sera à la tête des Finances. Il faut bien évidemment poursuivre les projets entrepris mais aussi passer à la réalisation concrète, à la mise en pratique, de la réforme Coperfin. Il faut aussi préparer l’avenir et aller plus loin en matière d’e-gouvernement, ce qui veut dire bien entendu continuer à investir dans le département.
Vous avez un site Web. Est-ce pour montrer l’exemple ou plus fondamentalement, pensez-vous qu’Internet peut être un outil de démocratie directe ?L’un et l’autre sont vrais. Tout d’abord, j’accorde beaucoup d’importance à l’information que ce soit au niveau de l’administration ou à un niveau plus personnel. Promouvoir le développement des techniques de communication modernes et de l’e-gouvernement sans les développer soi-même serait effectivement contradictoire. Ce site existe depuis quelques années déjà. Par ailleurs, parce qu’il contribue à l’information du citoyen et qu’il s’agit d’un moyen de communication qui est appelé à se développer dans les années à venir, l’Internet participe certainement à la démocratie.