La construction d'un espace unique des paiements au niveau européen (Single Euro Payment Area ou SEPA) est bien engagée pour les premières échéances réglementaires (Target 2 en 2007), laissant présager de profondes transformations du métier des paiements en Europe.La perspective SEPAC’est avec un calendrier tendu que la Commission européenne mène les chantiers de mise en œuvre de l’Europe des paiements : le SEPA (
Single Euro Payment Area). La vision politique est aussi simple qu’ambitieuse : “Permettre à tous les citoyens européens d’effectuer des paiements dans toute la zone à partir d’un même compte bancaire, en recourant à une palette unique d’instruments de paiement avec autant de facilité et de sécurité que s’il s’agissait de paiements domestiques ”.
Concrètement, la Banque centrale européenne a fixé trois objectifs à la construction d’un espace unique des paiements. Le premier consiste à définir un cadre réglementaire harmonisé à l'échelle de l'Europe (“New legal framework”). Le second vise à générer une plus grande concurrence sur les prix (par la mise en concurrence des acteurs bancaires avec de nouveaux entrants et la fixation de prix plafonds). Enfin, le dernier axe doit aboutir à la définition de nouvelles règles interbancaires européennes à la fois simples et harmonisées.
Une mutation de l'offre de services bancairesD’ici 2010, le SEPA provoquera :
- l’émergence d’une nouvelle offre de services basée sur le développement de nouvelles transactions paneuropéennes : paiements par carte, virements et débits directs
- l’harmonisation des lois, règlements et dispositions administratives des états membres
- la création, ex nihilo ou par consolidation progressive, d’infrastructures d’échanges paneuropéennes.
Selon la Commission européenne, ces évolutions devraient permettre la réalisation d’économies d’échelles. Cette feuille de route, commune à 28 pays, représente donc un véritable défi pour l’industrie bancaire : elle initie une profonde mutation du monde des moyens de paiements à l'échelle de l'Europe.
Particuliers et entreprises sont annoncés comme les principaux bénéficiaires d’une telle intégration : la concurrence entre les acteurs du marché entraînera la baisse du prix du service de base tandis que la protection juridique sera accrue. Pour les établissements financiers, le proche horizon est tout autre …
Effet de ciseauxLe phénomène, déjà largement entamé, de banalisation des produits et services de base est en passe d'être accentué par la pression réglementaire et concurrentielle européenne. Aussi, les banques se doivent-elles d’offrir des services différenciés, à terme en conformité avec les règles SEPA (
“SEPA compliant”). Plusieurs axes sont envisageables : la connectivité, la valeur ajoutée et le développement de nouveaux services.
Dans ce contexte, les évolutions technologiques sont à prendre en compte : XML et IP, outils d’intégration des applications d'entreprise… sans oublier la montée en puissance de Swift dans les liens banque-entreprise (via Swiftnet). Ces modifications du contexte auront un impact fort sur l'évolution des offres mais aussi sur les modèles économiques et opérationnels à venir.
Pour faire face aux contraintes du marché, les banques s’appuient actuellement sur un patrimoine informatique souvent constitué d'applications internes, peu évolutives, résultat de sédimentations successives. Cet existant entrave, dans certains cas, l'agilité et l'adaptabilité de nombreux acteurs. Pression sur les prix, hausse des coûts de maintenance informatique et érosion du produit net bancaire lié à ces produits sont les signes précurseurs d’un effet de ciseaux important et de la remise en question du modèle économique en vigueur pour les moyens de paiements.
Une feuille de route et des schémas directeursDans la perspective de 2010, la feuille de route SEPA sera jalonnée de directives réglementaires dont le contenu nous est aujourd’hui inconnu. Par ailleurs, l'émergence de nouveaux entrants, les prestataires de paiement, constitue un autre facteur d'incertitude, ces derniers accentuant la pression sur les prix et les marges.
Les schémas directeurs des domaines concernés ne peuvent pas aujourd’hui prendre en compte avec souplesse l'ensemble de ces évolutions. C'est dans la mise en œuvre d'un processus progressif de transformation, permettant d'intégrer rapidement et au fil de l'eau ces nouveaux paramètres, que les métiers concernés pourront trouver une réponse.
Faire les bons choixCes perspectives imposent donc aux banques de savoir faire preuve d'adaptabilité. Elles constituent aussi une opportunité de transformation profonde de leurs systèmes d'information dédiés aux moyens de paiements et flux. Dans ce nouvel environnement, un des éléments de réponse consiste à s’appuyer sur une démarche d'urbanisation de l'architecture informatique : on visera la mise en œuvre d’une cible conjuguant souplesse et rapidité d’adaptation autant que des coûts unitaires compétitifs.
La technologie, associée à une maîtrise des processus métiers (BPM ou “Business Process Management”) peut constituer une véritable arme concurrentielle et faciliter les transformations inévitables du métier des paiements. L'émergence de progiciels dans le monde bancaire s'inscrit également dans cette perspective.
Au regard des investissements à consentir et des impacts sur son modèle économique, chaque banque sera amenée à se repositionner. Certaines auront la taille critique pour investir et se transformer en “industriels des paiements”. D’autres trouveront un équilibre en rejoignant un groupe d'acteurs, nationaux ou transfrontières, ou des mises en commun de moyens. Enfin, certaines opteront pour l’externalisation voire même une sortie partielle ou totale du métier.
L’Europe des paiements fait le pari de l’adaptabilité des acteurs concernés. Qu’ils soient particuliers, entreprises ou établissements financiers, les utilisateurs finaux devront sans conteste faire preuve de souplesse, faire évoluer leurs habitudes de paiements. Les banques, quant à elles, peuvent dès à présent saisir l’opportunité du SEPA, et non le subir, pour mener des travaux d’anticipation et de transformations économiques, technologiques, organisationnelles et humaines.
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