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Le gouvernement multiplie les initiatives pour favoriser une culture de l’innovation. La dernière en date est le lancement des Forums du financement de l’innovation et de la compétitivité. Entretien énergique avec François Loos.Quelles sont les ambitions des Forums du financement de l’innovation et de la compétitivité ?Ces sept Forums sont conçus autour de pôles de compétitivité mondiaux ou à vocation mondiale (le plus souvent deux par Forums). Leur objectif est de faciliter le développement et le rayonnement des entreprises innovantes. Ils visent à favoriser les échanges et les partages d’expériences autour du financement de l’innovation et informer sur les différents modes de financement de l’innovation, publics et privés. Les pôles de compétitivité sont l’endroit idéal pour ces rencontres, puisqu’ils réunissent déjà des entreprises et des unités de recherche autour de l’idée d’innovation. Lors des forums, les PME parties prenantes de ces pôles expliqueront ce qu’elles retirent de cet environnement et ce qu’elles en attendent. De même, les grandes entreprises et les capitaux-risqueurs évoqueront comment les pôles leur permettent ou pourraient leur permettre de mieux travailler avec ces PME.
Vous êtes ministre de l’Industrie. Comment mesurez-vous l’importance de l’innovation ?Aujourd’hui plus qu’hier, l’industrie moderne doit être visionnaire et entreprenante. Elle doit profiter de la mondialisation ! Le marché mondial est une chance. Tous les pays émergents ont soif de développement économique, d’élévation du niveau de vie, de croissance et donc d’industrialisation. La première condition de la réussite, c’est l’innovation, et le fait qu’elle se traduit en produits et services qui contribuent à l’évolution de la société, et bénéficient au plus grand nombre. L'innovation et la créativité sont essentielles pour la création de valeur et d'emplois.
La France semble en retard en termes d’innovation…C’est vous qui le dîtes. La réalité est plus nuancée. Il est vrai que les entreprises françaises n’investissent pas suffisamment en recherche et développement (R&D) par rapport à leurs concurrentes américaines et japonaises. Or, c’est par l’innovation et par la R&D que le pays créera plus d’emplois, et bien rémunérés. Nous avons un objectif d’investissement public et privé en R&D à hauteur de 3% du PIB d’ici 2010, et nous n’en sommes pas si loin aujourd’hui à 2,4%. Certains voisins ont de l’avance sur nous, mais je suis optimiste pour l’avenir. Nous avons refondu en 2005 le dispositif public de soutien à la R&D industrielle et les Forums permettront de faire connaître ces nouveaux outils comme les pôles de compétitivité, l’Agence de l’innovation industrielle, OSEO ou l’Agence nationale de la recherche. En 2005, le ministère a décidé l’investissement de plus de 40 millions d’euros de soutiens publics pour des projets de R&D collaboratifs des pôles de compétitivité, imbriquant grandes entreprises et PME. L’idée est de renforcer les réseaux, ceux entre les laboratoires publics et les entreprises, ceux entre les PME et les grands groupes industriels
C’était en plus de l’enveloppe de 1,5 milliard d’euros annoncée pour les pôles de compétitivité, qui va maintenant être mise en œuvre. Le Premier ministre a annoncé à Toulon que le premier appel à projets de 2006, que j’ai lancé en décembre dernier, serait porté à 100 millions d’euros. Bien sûr, le financement de l’innovation n’est pas uniquement public. C’est pour cette raison que les Forums du financement de l’innovation et de la compétitivité se font en partenariat avec des associations de «business angels» et de capitaux-risqueurs et développeurs, et aussi des banques. Je veux que plus de liens se tissent entre la communauté financière et les PME innovantes.
En quoi ces forums vont-ils permettre de stimuler la compétitivité des entreprises françaises ? Ces Forums ont pour objectif de faciliter le développement des PME innovantes afin de remédier à une difficulté française : le manque d'entreprises moyennes. Nous avons beaucoup de petites entreprises et pas mal de grandes entreprises mais peu de sociétés de taille moyenne. Or, pour aller à la conquête des marchés émergents, il faut avoir une taille critique. La petite entreprise est souvent prisonnière du marché local. Si l’on s’intéresse à l’exportation dans le secteur agroalimentaire, l’exemple du vin est typique. Il existe en France une multitude de petites entreprises familiales, alors que nos concurrents américains ou australiens sont d’énormes négociants. Ici, c’est sur les outils de marketing qu’il faut innover, gagner en notoriété, etc. D’une manière générale, ces Forums permettront aux entrepreneurs de se rencontrer et de nouer des accords avec tous les partenaires nécessaires à leur croissance : clients, partenaires financiers, scientifiques et technologiques.
Quelles sont en France les entreprises innovantes ? Je pense à Erytech Pharma, une société biopharmaceutique qui a trouvé un moyen d’encapsuler des molécules thérapeutiques dans les globules rouges. Cela permet de traiter des pathologies lourdes comme le cancer et les tumeurs. La France dispose d’importantes ressources en termes scientifiques et technologiques, il faut juste encourager les partenariats entre la recherche et les entreprises. Il y a aujourd’hui de nombreux chercheurs qui deviennent des entrepreneurs : notez l’exemple des travaux du physicien Mathias Fink sur la propagation des ondes. Le laboratoire qu’il dirige a fait naître trois starts-up et déposé 12 brevets depuis 2000. Il s’agit aussi bien d’imagerie médicale que de communication sans fil à haut débit ou de fours micro-ondes.
Quel conseil donneriez-vous à un ou une jeune entrepreneur(e) désirant se lancer dans la création d’une entreprise innovante ? Mon principal conseil est d’être à l’écoute du marché, être proche des utilisateurs surtout. Il ne sert parfois à rien de s’emballer sur un produit et de passer son temps à chercher à le perfectionner. En France, on est parfois trop tourné vers la production, et on a tendance à sous-estimer la relation avec le client et la dimension de service. Il ne faut pas perdre de vue que l’innovation n’est pas nécessairement une grande rupture technologique. En étant à l’écoute du client ou du marché, l’entreprise peut proposer tous les jours des solutions nouvelles. L’innovation, c’est une adaptation permanente. Si l’innovation et la recherche sont liées, l’invention est encore éloignée du marché, tandis que l’innovation est un processus dont le produit arrive sur le marché. C’est bien ce processus qui génère de la croissance.
De façon générale, comment voyez-vous la participation de sociétés de conseil comme CSC dans la promotion de l’innovation et de la compétitivité en France ?Le service aujourd’hui est très créateur d’emplois. Dans une période de croissance, on a besoin de sociétés de conseil pour aider à la réflexion, faire le tri entre les problèmes. S’il s’agit, pour les entreprises innovantes, de ne pas perdre de vue le marché, les sociétés de conseil ont justement cette culture de l’écoute client et de l’adaptation permanente. Les sociétés de conseil pourraient d’ailleurs se pencher sur l’idée de créer une formation de gestionnaire de l’innovation, une fonction qui ferait le lien entre le marketing, le commercial, la fabrication et la recherche.
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