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Rapprochements dans les services financiers : un phénomène durable

9 décembre 2002

Les grands rapprochements dans le monde des services financiers ont été nombreux ces dernières années et parfois spectaculaires. Nous avons tous en tête les opérations comme BNP Paribas et Groupama GAN. Au-delà de ces grandes opérations, beaucoup d’acteurs du secteur ont procédé à des fusions, des mises en commun de moyens ou de partenariats.

Les fusions se poursuivent
D’abord, les fusions se poursuivent, notamment dans les groupes mutualistes, qu’ils soient bancaires ou d’assurance. Plus ou moins dessinées à l’avance, les cartes des futures caisses et banques régionales se mettent en place progressivement. Ces fusions présentent l’avantage de la facilité de rapprochements culturels similaires voire identiques. Mais elles présentent également un handicap et une opportunité que doivent prendre en compte ces projets. Parvenir effectivement à faire des économies d’échelle, dans un contexte en général plutôt protecteur de l’emploi et du lieu d’exercice de cet emploi est un enjeu relativement difficile si on veut pousser à bout leur réalisation. En revanche, la décrue même des effectifs dans les années qui viennent, notamment dans le milieu bancaire, doit être mise en perspective de ces fusions, qui s’en trouvent ainsi facilitées. Toujours est-il que le mouvement est bien lancé, qu’il s’agisse du monde des mutuelles d’assurance ou des réseaux bancaires régionaux.

Les autres formes de rapprochements et de partenariats
D’autres formes de mise en commun voient également le jour, sous la dénomination d’«usine commune». Cela se dit pour les chèques, les crédits, les titres, les back-offices d’assurances, etc. Ces usines recouvrent des réalités parfois différentes. En effet, elles peuvent aussi bien traiter pour le compte de leurs «propriétaires» que se mettre en position de «provider du marché». Ce phénomène est déjà connu et relativement ancien pour les titres. Il est cependant plus nouveau pour les chèques ou les crédits. Ces mises en commun de moyens opérationnels posent plusieurs questions. L’éloignement géographique, la nécessaire industrialisation des développements informatiques et des processus sont plus tangibles, de prime abord, que les gains réellement acquis par les «propriétaires» de l’usine, qui doivent redoubler de vigilance pour maintenir –voire améliorer – la qualité de service pour leurs clients et/ou leurs front-offices. Du reste, de manière plus générale, les économies d’échelle sur des fonctions opérationnelles peuvent être relativement difficiles à atteindre, les différentes tâches s’accumulant les unes aux autres. Les gains sont à trouver dans l’entretien, le développement d’outils communs, la démultiplication de compétence dans des équipes plus nombreuses. Mais cela vient-il compenser les coûts de coordination et de gestion de cette usine ? Les économies d’échelle sont plus faciles et plus simples à envisager en matière de fonctions de support telles que la comptabilité ou la gestion des moyens généraux. Mettre en commun de telles fonctions, c’est dédoublonner chaque poste ! Ces contraintes empêchent ou pour le moins freinent les mises en commun de telle nature. Le cas de l’informatique commune est peut-être plus ancien mais garde toujours son acuité. Bon nombre de groupes financiers s’orientent vers la réduction sensible du nombre de leurs informatiques et/ou vers une convergence forte de leur système d’information. Les caisses régionales du Crédit Agricole ne sont-elles pas en passe de réduire leur nombre d’informatiques de quasiment une par caisse régionale à trois ou quatre systèmes seulement ? Les gains financiers sont importants sur ces regroupements (une réduction de 20% des budgets informatiques est souvent évoquée). La mise en place d’outils progiciels identiques dans un ensemble de filiales étrangères d’un même groupe participe de cette volonté de communauté d’informatique. Plus rares sont les mises en commun de facteur direct de développement qu’il s’agisse des réseaux de distribution ou des équipements de clients communs. Une des plus belles illustrations est peut-être le rapprochement de La Mondiale et d’AG2R qui ont mis en place une structure commune pour mettre à profit leur grande complémentarité en matière d’équipements de clients par des produits différents. Le cas du crédit à la consommation peut également laisser penser que les acteurs sont maintenant disposés à mettre en commun leurs acquis commercial respectif pour en dégager de véritables synergies de développement. Le rachat de Finaref par le Crédit Agricole pourrait voir une telle mise en œuvre de synergies commerciales avec Sofinco. Enfin, le marché des services financiers vit aussi l’annonce régulière de partenariats, souvent assis sur un échange plus ou moins symbolique d’actions. Ces partenariats ont des effets d’annonce évidents. C’est souvent le premier pas d’un rapprochement que les deux acteurs veulent plus opérationnel, mais qui mérite d’être testé au préalable.

Quelques enseignements
Au fond, dans toutes les formules de rapprochements permettent d’obtenir une réelle efficacité. On peut cependant attirer l’attention sur plusieurs caractéristiques plus ou moins communes à ces rapprochements. La première caractéristique tient probablement aux délais de mise en œuvre généralement plus longs qu’envisagés initialement. L’enjeu est d’ailleurs plus d’oser aller jusqu’au bout des mises en œuvre que de tenir les délais initiaux. La deuxième caractéristique tient aux contraintes informatiques. Celles-ci sont particulièrement lourdes et très vite les mises en commun butent sur l’harmonisation nécessaire a minima pour rendre opératoire la collaboration. Enfin, la troisième caractéristique tient à la communication sur les projets de rapprochements. La médiatisation des rapprochements est forte, tant en externe qu’en interne lors de l’annonce du rapprochement. En revanche, au fil des mois suivants, voire des années suivantes, une communication/information régulière au moins interne accompagne rarement les travaux de rapprochement proprement dits. Il n’empêche. Plus difficiles, plus longs, plus risqués ou pas, les rapprochements se poursuivent. Même si leur démonstration est parfois difficile, les économies d’échelle existent. Les émulations entre les équipes sont des réalités à ne pas nier. Les mises en commun d’outils et/ou de savoir-faire sont des renforcements des capacités à se développer et à créer de la valeur. Ce sont toutes ces raisons qui font que les rapprochements, petits ou grands, caractériseront le secteur des services financiers.



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