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Parler devrait coûter moins cher à l’avenir. Dans le monde de la téléphonie, les époques se bousculent en effet au rythme des évolutions technologiques. La dernière en date, la téléphonie sur IP, a fait une entrée remarquée dans le paysage concurrentiel, avec 75% de croissance au deuxième trimestre 2004. L’évolution vers la téléphonie sur IP est-elle inéluctable ? La téléphonie sur IP consiste à numériser les conversations téléphoniques et à les transporter comme n’importe quelle donnée sur les réseaux IP (le protocole spécifique à Internet), par opposition à la téléphonie fixe classique qui utilise le réseau téléphonique commuté (RTC). La téléphonie sur IP utilise les concepts de signalisation des appels et de gestion des utilisateurs du réseau RTC, tout en exploitant le support physique (les fibres optiques, voire le réseau analogique) et les fonctionnalités avancées propres au réseau IP (messagerie, conférence, convergence de la voix et des données, visiophonie).
Le principal atout de ce service est la diminution du coût des communications téléphoniques longue distance (de l’ordre de 90%), désormais mutualisées avec les services d’accès à l’Internet, bon marché et à des débits élevés. Pour les entreprises, c’est aussi l’opportunité de simplifier la gestion de leur infrastructure en fusionnant voix et données sur un seul réseau IP. Enfin, un tel service permettra à terme de doter la téléphonie d’applications dites «collaboratives» (messagerie unifiée, vidéo-conférence, etc).
Le défi technologique est d’apporter sur un réseau conçu pour des services de données - et non de voix- la qualité de service, la sécurité et la fiabilité propres à la téléphonie classique. En outre, le budget du changement de l’infrastructure de téléphonie peut constituer un obstacle. Le rachat d’équipements est en effet évalué de 500 à 800 euros par poste en moyenne pour toute l’infrastructure (soit 150.000 euros pour une entreprise de 200 postes). Cet amortissement est néanmoins généralement atteint en un an.
Les grandes entreprises et certains marchés de niche (comme les centres d’appel et les entreprises offshore) sont aujourd’hui les principaux clients de cette technologie, puisqu’elle leur permet de diminuer leur facture de communication téléphonique longue distance ou intersites et de mutualiser la gestion des équipements télécoms et des équipements informatiques. Les centres d’appel voient d’ailleurs dans la téléphonie sur IP l’occasion d’intégrer de nouvelles applications clients, telles que le «
click and dial» (cliquer sur un bouton pour parler au téléacteur) ou la conavigation pour prendre un internaute «par la main» et l’accompagner dans sa navigation tout en conservant le dialogue… Le retour sur investissement de telles applications est aujourd’hui rapide.
Sur le marché grand public, avec le développement rapide d’Internet et du dégroupage, les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) proposent une téléphonie bon marché, voire gratuite, en complément de l’offre de base Internet et de la télévision sur ADSL, et jouent la carte du «triple play», c’est-à-dire de la fourniture de trois services sur le même fil. Les FAI concurrencent directement le métier des opérateurs nationaux sur la téléphonie fixe, qui se voient aujourd’hui contraints d’offrir aussi un service de téléphonie sur IP (tel que la LiveBox pour Wanadoo du groupe France Télécom). Depuis le début de l’année 2005, le marché de la téléphonie sur IP s’agite sous une pluie d’annonce des opérateurs. Après le succès de la téléphonie nationale gratuite chez Free, et au risque de cannibaliser sa propre base client sur la téléphonie fixe, c’est au tour de Neuf Télécom de lancer sa nouvelle offre de téléphonie sur IP, avec Wengo. Ce service est directement inspiré de Skype, célèbre pour avoir repris le principe du «peer-to-peer» pour partager la voix sur le Net. Skype redouble d’efforts pour s’imposer, en ouvrant de nouveaux services (SMS gratuits), et en passant de nouveaux accords de distribution avec des équipementiers.
Si les perspectives du marché des entreprises sont bonnes (l’Idate prévoit que 40% des lignes téléphoniques «entreprises» dans le monde passeront sous IP d’ici 2009), les opérateurs de téléphonie fixe ont encore un avantage sur les FAI. Free compte 150.000 usagers de la téléphonie gratuite, bien loin des 27 millions d’abonnés de France Télécom. Le marché de la téléphonie sur IP dans le monde devrait atteindre 10,7 milliards de dollars en 2005, en comparaison avec 414 milliards pour la téléphonie fixe traditionnelle. Néanmoins, de nouveaux acteurs apparaissent et bouleversent offres, usages et prix dans un marché qui était jusqu’ici l’exclusivité des opérateurs historiques. La téléphonie sur IP pourrait également s’ouvrir à la mobilité. Motorola et Skype ont d’ailleurs un accord qui permettra au fabricant de téléphones mobiles de proposer le logiciel de conversation audio Skype dans certains de ses futurs produits. Skype sera donc intégré dans les prochains téléphones Motorola compatibles avec les réseaux haut débit ou intégrant une prise en charge des réseaux sans-fil WiFi.
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