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Le logiciel libre : la liberté d'entreprendre

22 novembre 2004

Selon le Leading Edge Forum, le centre de veille technologique de CSC, le mouvement «open source» permet des gains de temps et d’argent considérables, dans tous les secteurs d’activité.


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Dites «logiciel libre», et la plupart des gens pensent «Linux»… En réalité, Linux ne comprend qu’une partie de ce que «l’open source» peut aujourd’hui offrir. Le rapport annuel du Leading Edge Forum de CSC, «Open Source: Open for Business», décrit ce nouveau paysage et rappelle que l’intérêt d’un logiciel libre réside principalement dans son absence de contrainte : chacun peut l’utiliser ou le modifier sans devoir payer de licence, et aucun fournisseur ne peut bloquer les utilisateurs confrontés à des besoins de corrections ou d’améliorations.
Synonyme de qualité et de changements radicaux dans la manière de développer et de commercialiser des logiciels, le logiciel libre a engendré une communauté mondiale qui, dans de nombreux cas, améliore et corrige plus rapidement les logiciels que dans le «monde propriétaire».
De Google à la Nasa, en passant par de nombreux gouvernements, plusieurs acteurs clés placent d’ailleurs le logiciels libre au centre de leurs innovations, et comptent sur ses avantages : réduction des coûts, transparence technologique, gestion de la sécurité et des risques, réduction des temps de lancement sur le marché, émergence de nouvelles opportunités, etc.



Évitons tout de suite toute ambiguïté, selon le rapport 2004 du Leading Edge Forum, les logiciels libres ne devraient pas supplanter pas les logiciels propriétaires du jour au lendemain. Affirmant chaque jour un peu plus leur position, ils font néanmoins figure d’options sérieuses dans l’arsenal des technologies de l’information, et les organisations, du secteur privé comme du secteur public, doivent les considérer comme telles.

L’attrait premier du logiciel libre réside dans sa gratuité. N’importe qui peut l’utiliser ou le modifier sans pour autant devoir s’acquitter d’une licence, et aucun fournisseur ne peut obliger les utilisateurs à payer pour des réparations ou des améliorations. En rappelant qu’une suite logicielle bureautique coûte quelque 300 dollars par poste de travail – soit 3 millions de dollars dans une entreprise de 10.000 personnes – les économies peuvent être vite significatives… Il convient toutefois d’évaluer les économies au cas par cas. Les dépenses peuvent diminuer dans un domaine grâce au logiciel libre, et augmenter dans un autre. L’absence de frais de licence ne constitue, en effet, qu’un élément de l’option «libre».

Le cœur du logiciel libre bat au rythme de la communauté
Bien que la communauté ait toujours piloté l'information depuis l'apparition de l'ordinateur, l'effet «réseau» de l'Internet permet désormais aux utilisateurs de participer plus activement aux communautés du logiciel libre. La communauté façonne, développe, améliore et utilise le logiciel pour faire naître de nouvelles innovations. La crédibilité de la communauté est d’ailleurs une motivation sous-jacente pour rejoindre un projet de logiciel libre. L’intérêt du logiciel libre consiste ainsi à créer un bon logiciel et à profiter des meilleurs développeurs au monde afin d’en améliorer les compétences et la réputation.
Le succès de Linux, son représentant le plus connu, se confond avec celui du mouvement général du logiciel libre. Ce système d’exploitation, basé sur Unix, est aujourd’hui le système d’exploitation serveur numéro 2, juste derrière Windows NT de Microsoft. Et il gagne du terrain : les analystes prédisent que les revenus générés par la plateforme Linux augmenteront, jusqu’en 2007, quatre fois plus vite que la moyenne industrielle de toutes les plates-formes.

Le phénomène du logiciel libre représente bien plus que Linux. L'architecture Open Grid Services Architecture apporte ainsi des possibilités de calcul distribué au monde de la recherche et de la science. Nous pourrions également citer un serveur d'annuaire (OpenLDAP), un logiciel de chiffrement (OpenSSL), des bases de données comme MySQL, des logiciels serveurs tels qu'Apache et Samba, ainsi que des logiciels pour le poste de travail comme la suite de bureau OpenOffice ou le navigateur Mozilla Firefox... Selon la société de services Internet Netcraft, le serveur Web Apache équipe d’ailleurs 68 % des serveurs Web au monde, ce qui en fait le serveur Web le plus utilisé.

Le logiciel libre est une force industrielle
Le logiciel libre a pu être considéré comme un rêve d'iconoclaste, mais son développement généralisé de Google à la Nasa montre que ce rêve peut devenir réalité. Le logiciel libre joue en effet un rôle majeur dans les applications qui exigent des performances critiques. L’agence de presse américaine Associated Press, par exemple, utilise la base de données MySQL pour traiter plusieurs centaines de milliers de transactions par jour tandis que Google exécute, quotidiennement, plus de 200 millions de recherches au travers de près de 100.000 ordinateurs Linux répartis dans une douzaine de centres de données.

La Marine américaine utilise le système Insight, créé par CSC, avec plus de 150.000 lignes de code source, pour gérer l’environnement d’exploitation d’un système informatique distribué, à grande échelle et en temps réel, épargnant ainsi des millions de dollars en frais de développements logiciels. La Nasa utilise la technologie «open source» pour sa mission Mars Exploration Rover, la plus ambitieuse jamais menée sur Mars. La nouvelle norme est la collaboration. Les développeurs ne sont plus confinés au sein d’une entreprise. Ils ne sont plus obligés de tout reprendre à zéro à chaque fois, et peuvent utiliser des outils et des composants librement disponibles afin d’accélérer leur propre processus de développement. «Les développeurs doivent utiliser les outils mis à leur disposition par les logiciels libres, sans quoi ils se priveront d’un avantage compétitif» affirme Paul Gustafson, directeur du Leading Edge Forum. Le logiciel libre permet aux entreprises de démarrer un nouveau produit sur la base de ressources existantes, ou d’ajouter des fonctionnalités à un produit existant, notamment s’il n'était pas, d’emblée, un logiciel libre.

Il permet enfin d’utiliser les communautés pour créer des produits commerciaux. Motorola, par exemple, a basé ses téléphones A760 et E680 sur du Linux embarqué, en comprimant ainsi ses coûts de fabrication le temps nécessaire à la mise sur le marché de ses modèles, puisque le constructeur n’a pas à développer soi-même le logiciel. Le rapport souligne que «la souplesse du logiciel libre révolutionne l’écriture de code source et alimente les innovations technologiques». Ce marché du logiciel libre embarqué est vraiment prometteur et va favoriser l'adoption générale du logiciel libre. Un nombre croissant de produits en réseau, d’équipements électroniques grand public ou de gadgets utilisent Linux et d'autres logiciels libres enfouis dans leurs entrailles. Grâce à son coût de licence nul, Linux est une option attrayante pour tout fabricant qui a besoin de systèmes d'exploitation embarqués pour piloter ses équipements. Plusieurs équipements en réseaux comme les pare-feux et les routeurs utilisent un Linux embarqué dans leur «firmware». Linux et d'autres logiciels libres sont également utilisés dans les PDA et par l’enregistreur vidéo numérique TiVo, déjà utilisé par plus d'un million d'abonnés, aux États-Unis.

Les logiciels libres favorisent la concurrence
Le logiciel libre se révèle par ailleurs un catalyseur de la concurrence sur le marché des logiciels. Dans le passé, les sociétés renommées et les jeunes pousses se disputaient les parts de marché. Aujourd'hui, la communauté des logiciels libres prouve qu'il existe une source viable de concurrence qui peut faire jeu égal, voire supplanter, la concurrence traditionnelle et qui maintient les prix des logiciels commerciaux à un niveau acceptable.
La nature collaborative du logiciel libre a créé une synergie «compétition/collaboration» entre les concurrents qui poussent dans la même direction. Le projet OpenAdaptor regroupe ainsi plusieurs institutions financières allemandes qui travaillent sur un code source commun, afin de créer une alternative plus économique que les outils d’intégration des applications d'entreprise (EAI). Bien que ces banques soient concurrentes, elles bénéficieront toutes d'outils logiciels de meilleure qualité et moins onéreux pour intégrer leurs systèmes hétérogènes.

De nouvelles opportunités professionnelles
On estime généralement que l’assistance technique fait souvent défaut dans le monde des logiciels libres : comment le logiciel fonctionne-t-il, qui est responsable, qui prend en charge un problème ? Alors que dans le monde des logiciels traditionnels le client ou le fournisseur doit garantir une assistance technique, le monde du logiciel libre ajoute, pour sa part, une tierce partie responsable : la communauté du logiciel libre. L'expertise de la communauté peut être utilisée pour fournir une assistance en synergie avec les utilisateurs, le fournisseur du logiciel ou le distributeur et les prestataires de services tels que CSC. La communauté amplifie les interactions en phase d’assistance. Par exemple, un logiciel qui ne fonctionne pas correctement peut être corrigé plus rapidement au travers d'un effort collaboratif que par des fournisseurs individuels.

Toutefois, plusieurs utilisateurs de logiciel libre refusent de faire confiance à la communauté du logiciel libre, et préfèrent s’en remettre à des sociétés de la place. «Les entreprises qui utilisent des logiciels libres vont rechercher un intermédiaire de confiance, car ils veulent un responsable», analyse le vice-président du Leading Edge Forum, Bill Koff, avant d’ajouter que «CSC joue déjà ce rôle d'intermédiaire de confiance pour les logiciels libres, car la fourniture de service et d’assistance informatiques constitue son cœur de métier».
Le logiciel libre propose une alternative de développement que les entreprises doivent considérer dans leur stratégie informatique. Si le code source libre n'est peut-être pas adéquat en toutes circonstances, les entreprises devraient au moins en comprendre la raison. Les entreprises doivent évaluer la valeur intrinsèque du code source libre et examiner attentivement leurs infrastructures informatiques et leurs processus de développement. Lorsqu’une entreprise ou une administration décide d'opter pour le logiciel libre, elle doit clairement définir sa stratégie, ainsi que les inévitables évolutions administratives et techniques. Il lui faut notamment :
  • être attentive aux opportunités à potentiel élevé que l’utilisation d'un logiciel libre peut engendrer ;
  • développer une expertise légale interne relative aux licences de logiciel libre (une équipe juridique et des développeurs) ;
  • mettre à jour des politiques de ressources humaines en matière de propriété intellectuelle afin d’assurer la cohérence avec la politique du logiciel libre ;
  • encourager les développeurs et les administrateurs système à être impliqués dans les projets de logiciel libre qui se rapportent à leur travail ;
  • définir une «liste blanche» de logiciels libres que l'entreprise peut utiliser ou envisager et tenir cette liste à jour.
CSC est fermement engagé dans cette dynamique du code source libre. Le rapport ne considère d’ailleurs pas le logiciel libre en termes de guerre ouverte avec les fournisseurs de logiciels propriétaires. Bien au contraire, le logiciel libre suggère qu’un degré élevé d'ouverture et de collaboration peut être profitable aux affaires. Les consommateurs, producteurs et prestataires de services doivent être conscients que le moment est venu d’opter pour les logiciels libres. Il s’agit d’une décision qui doit être convertie en stratégie informatique. Les entreprises qui en ont conscience vont gérer et évaluer les logiciels libres ; elles ne vont pas les ignorer. Le logiciel libre représente bien la liberté d’entreprendre.



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