News Article -- Juin (mois) 30, 2008
L'informatique au service des patients
Dossier médical partagé, télémédecine, dématérialisation des échanges avec l'assurance maladie... Les innovations en matière de technologies de l’information contribuent à améliorer la prise en charge des patients, la sécurité et la qualité des soins. Elles sont en train de transformer en profondeur tout le paysage de la santé.En matière de santé, les pays européens sont confrontés à plusieurs tendances lourdes. Le vieillissement de la population génère un accroissement des besoins et des dépenses de santé dans chaque pays. Il en va de même de la progression des maladies chroniques ou des affections de longue durée (diabète, cancer…) qui prennent progressivement le pas sur les maladies infectieuses. Il y a donc aujourd’hui nécessité de repenser les systèmes de soins, de les adapter et de les moderniser pour faire face aux nouvelles attentes des usagers en matière de qualité.
Les objectifs sont multiples : amélioration des soins et de l'accueil des patients, maîtrise des coûts dans un contexte d'explosion des dépenses ou simplification des processus de remboursement...
Vers une nouvelle génération d'établissements de soins
L'optimisation des échanges de données entre les intervenants est au cśur de tous les chantiers. « La grande révolution de la fin du vingtième siècle est liée à l'hôpital transverse, explique Bernard Pierre, responsable des activités de CSC France dans le secteur de la santé. « On ne soigne plus tout seul. La médecine se spécialise et le professionnel est aujourd'hui au cśur de toute une chaîne dont il convient de fluidifier le fonctionnement, en simplifiant notamment les échanges d'informations ». Aujourd’hui, un malade à l’hôpital a le plus souvent affaire à plusieurs services, sans compter les examens qu’il subit à l’extérieur ou a subi avant son arrivée. Les informations doivent donc être partagées entre les services hospitaliers, les cliniques, les médecins de ville, les laboratoires d’analyses, les pharmacies ou les radiologues…
D'ores et déjà, il est parfois possible pour le personnel médical d'accéder en interne à la plupart des informations directement au pied du lit du patient, sur un poste de télévision ou de transmettre, sans se déplacer, les derniers relevés sur l'état d'un patient par le biais d'un PDA ou d'un « Tablet PC ». L’adoption de ces technologies libère les personnels soignants de multiples tâches, ce qui favorise leur recentrage sur l'acte médical. « Il y a encore une dizaine d'années, lorsqu’on traversait les couloirs d'un hôpital, on voyait des infirmières courir dans tous les sens, en quête d'informations, remarque Bernard Pierre. « C'est beaucoup moins le cas aujourd'hui, elles sont davantage présentes aux côtés des patients. »
Vision globale du patient
L'enjeu pour l'avenir consiste à faciliter l'accès à l'information concernant le patient. Des projets de dossiers de santé informatisés sont à cet égard à l'étude dans de nombreux pays. C'est le cas notamment du DMP (Dossier médical personnel) en France, d'eHealth en Belgique, du NPO (National Patient Overview) en Suède ou encore de Connecting for Health en Grande-Bretagne (dans le cadre du « National Programme for IT »). Les dossiers médicaux informatisés visent à offrir aux praticiens autorisés un accès à tout l'historique du patient, ses allergies éventuelles, son groupe sanguin ou ses précédentes maladies...
« Cela permet d’éviter les redondances de soins et de ne pas refaire des examens qui ont déjà été fait ailleurs, ce qui arrive assez fréquemment. Mais aussi de faciliter les évaluations multi-disciplinaires, de plus en plus cruciales pour certaines maladies », souligne Els Bulens, responsable de compte pour des contrats santé chez CSC Belgique. Ces dossiers devraient en outre contribuer à réduire les erreurs médicales liées un déficit d’informations sur l’historique médical du patient. Au Royaume-Uni, par exemple, environ 34 000 décès chaque année sont liés à des erreurs médicales – des prescriptions inadaptées pour une bonne partie -, selon le bureau national d'audit*.
Le dossier informatisé vise aussi à faciliter le quotidien des praticiens et des patients et à réduire les coûts des systèmes de protection sociale, via la simplification de la transmission des données et la dématérialisation de certaines procédures comme les ordonnances ou les remboursements. « En Belgique, pour certaines pathologies comme l'arthrite, les demandes de remboursement actuelles sont assez longues et compliquées. eHealth devrait remplacer toute la paperasserie associée à ces demandes par des flux électroniques intégrés », se félicite Frank Robben, qui prépare pour le gouvernement belge la plateforme eHealth.
Sécurisation des données
Mais la mise en place d'un tel système n'est évidemment pas sans soulever quelques questions d'ordre technique. En Belgique, ce sont des dizaines de flux électroniques qui devraient transiter sur l'architecture décentralisée qui a été retenue pour eHealth. Une réflexion est donc actuellement menée sur les standards ou les spécifications – techniques ou sémantiques – des données qui seront échangées. L'objectif étant de privilégier, lorsqu'ils existent, les standards « ouverts » et « non propriétaires », c’est-à-dire ceux qui ne sont pas liés à un éditeur spécifique, confie Frank Robben. Et de « récupérer et digérer toutes les informations nécessaires dans un monde où les données sont éparpillées à de multiples endroits », ajoute de son coté Els Bulens.
Un autre défi concerne la sécurisation des échanges autour des données personnelles sensibles. Au-delà d'un « bon système de gestion des utilisateurs et des droits d'accès », Frank Robben estime qu'il faut au préalable s'entendre sur les données que les prestataires de soins seront autorisés à consulter et sous quelles conditions. Les médecins belges et la Commission de la Protection de la Vie privée (CPVP) sont associés au projet national. Pour les premiers, il est essentiel d'instituer des garde-fous afin que le dossier informatisé ne soit pas un outil de contrôle et que soit garantie leur liberté thérapeutique. Pour les seconds, le système doit respecter des règles éthiques strictes en terme d'usage des données personnelles - la plate-forme belge sera alimentée en accord avec le patient. Il en est de même en France où la CNIL (Commission Nationale de L’informatique et des Libertés), les médecins et les représentants des patients sont associés au projet national.
Télémédecine et télésurveillance
Parallèlement à cette réflexion sur les dossiers informatisés, le secteur de la santé regorge d’innovations qui laissent entrevoir ce que sera la médecine de demain. Ainsi, pour répondre au développement des maladies chroniques et aux désirs de mobilité des patients, des outils de télédiagnostic et de télémédecine se sont multipliés. En Suisse, par exemple, MedGate, un centre de télémédecine privé agréé par la « police sanitaire », est accessible 24 heures sur 24. Ses « Web doctors » sont habilités à proposer aux patients toutes formes de « téléconsultations » et de « téléthérapies » (par téléphone, Internet ou vidéo-conférence...).
Au Danemark, le ministère de la Santé s'est doté en 2003 d'un portail web (Sundhed.dk) sur lequel les patients et les professionnels peuvent effectuer des opérations allant de la prise de rendez-vous avec un généraliste au renouvellement des ordonnances, en passant par la consultation des résultats des analyses effectuées en laboratoires.
Autre exemple : le développement des réseaux de télécommunications mobiles a facilité l'émergence de terminaux permettant de mesurer à distance les signaux vitaux des malades - dont la pression artérielle et la glycémie - et de surveiller certains patients souffrant d’Alzheimer. C'est le cas du « RTX3371 GSM/GPRS Telehealth Monitor », un terminal qui vient tout juste d'être lancé au Danemark par la société RTX Healthcare.
Convaincre les professionnels
Nous n'en sommes cependant qu'aux prémices et de nombreux défis doivent encore être relevés. Au-delà de la fracture numérique, qui risque d'exclure certaines populations de certains dispositifs, se pose tout d'abord la question du financement et de l'identification des retours sur investissements que les établissements de soins, et la société au sens large, peuvent attendre de ces technologies.
Les professionnels doivent aussi offrir des solutions ergonomiques faisant oublier la complexité des systèmes, et répondant parfaitement aux besoins. Le risque étant sinon de « monter des « usines à gaz » inutilisables et donc inacceptées », prévient Bernard Pierre. « Il est évident que les médecins ne seront pas prêts à utiliser la plus belle technologie vidéo du monde, aussi avancée soit-elle, s'ils n'en voient pas la finalité », ajoute-t-il.
En réalité, « l’informatique ne représente que 20% du travail. L’essentiel consiste à réunir les professionnels et à obtenir leur confiance et à vaincre les résistances qui peuvent se poser », reconnaît pour sa part Frank Robben en Belgique. Ces résistances sont réelles : appréhensions face aux changements, peur du contrôle, peur d’une remise en cause du secret médical ou encore crainte que le système soit utilisé par les patients à des fins procédurières. Les projets de rénovation nécessiteront donc une réflexion globale, prenant en compte la technologie, les processus médicaux et la conduite du changement, les attentes des médecins et celles des patients. Un « mariage » entre les informaticiens et les gens des métiers, conclut-il.
Liens associés
CSC : accompagner les mutations du secteur de la santé
En savoir plus sur les activités de CSC dans le domaine de la santé
Rapport de la conférence TeleHealth 2007 : «Telemedicine and innovative technologies for chronic disease management»
Rapport de la Mission Gagneux de relance du projet de Dossier médical personnel en France ("Recommandations à la ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative")
Vous souhaitez de plus amples informations ? Contactez-nous !