A moins de trois ans de l’ouverture totale des marchés, La Poste entend devenir le leader européen du courrier sous toutes ses formes. Elle s’est engagée dans un vaste programme de modernisation de son outil industriel. Avec 3,4 milliards d’euros au total, Cap Qualité Courrier est l’investissement le plus important de toute l’histoire du groupe et l’un des plus importants programmes industriels actuellement menés en France. Rencontre avec Raymond Redding, directeur du Courrier et directeur général délégué du Groupe.La filière économique du courrier représente en France un poids économique très significatif. C’est aussi un marché qui traverse d’importantes mutations, la réduction des volumes, la concurrence de l’Internet, et la concurrence. Près de 60% du marché est ouvert à la concurrence. Quel modèle économique d’avenir pour le courrier ? C’est un marché traversé par de fortes mutations juridiques et technologiques. Le modèle majoritaire qui se dessine en Europe est le suivant : aux côtés de l’opérateur historique, émergent un ou deux opérateurs alternatifs, parfois rentables. Les opérateurs traditionnels cherchent donc logiquement à s’adapter. Nous avons pour La Poste une réponse stratégique qui se veut offensive et ambitieuse.
D’une part, l’Europe est aujourd’hui devenue le terrain de jeu au-delà des différences locales liées à la réalité propre de chaque pays ; d’autre part, nous allons vers l’intégration verticale des métiers. Le courrier prend aujourd’hui plusieurs formes, physique, électronique et mixte via des possibilités de dématérialisation et de re-matérialisation. J’ai choisi pour ce qui nous concerne, compte tenu de nos savoir-faire dans la maison-mère et dans nos filiales, de devenir un opérateur du courrier sous toutes ses formes, avec une ambition forte : devenir le numéro un en Europe d’ici quatre ans.
Comme toute entreprise en situation de monopole et sur un marché naguère en développement constant, La Poste, innovante sur le plan industriel, n'a jamais eu la réputation d'une entreprise très innovante sur le plan commercial. Comment rattrapez-vous ce retard ? Nous avons l’image d’un groupe logistique, c’est lié à notre histoire et à notre métier. La légitimité de La Poste s’est construite sur sa puissance, sa capacité industrielle à gérer une complexité gigantesque, sa logistique sans faille qui permet de délivrer chaque matin près de 100 millions de messages, de plis, d’objets en mains propres, en tout point du territoire et six jours sur sept. C’est un formidable atout. Toutefois, ce savoir-faire logistique ne suffit plus. Aujourd’hui, notre avenir est dans l’alliance de la logistique et du service, du courrier physique et du courrier dématérialisé, du service universel et de la valeur ajoutée.
Grâce à l’informatique et au déploiement de systèmes d’informations innovants, nous allons donner une valeur ajoutée nouvelle, commerciale, à notre outil industriel. Depuis trois ans, nous nous sommes engagés dans un programme de modernisation de 3,4 milliards d’euros ! C’est l’un des plus importants projets industriels du pays. Notre réflexion en matière d’innovation commerciale est récente, il faut bien le reconnaître. Cette dynamique continuera dans le cadre de modes de régulation parfois contraignant pour l’opérateur historique. Je regarde parfois avec envie le contexte de certains pays européens. Il reste que nous sommes une industrie de main-d’œuvre où la performance passe par l’automatisation, la mécanisation, donc l’élaboration de normes.
Mais cette logique industrielle normative nous a longtemps bridés dans notre réflexion, tout autant qu’elle a limité l’inventivité de nos clients puisque nous leur imposions trop de normes en matière de production et de dépôt du courrier, même si la France n’est pas, et de loin, la plus contraignante. Les nouvelles offres vont toutes dans le sens de l’ouverture du choix du client. En 2004, j’ai créé le Club Courrier, une structure qui rassemble l’ensemble de la filière. L’évolution de nos process va aussi permettre d’évoluer vers une enveloppe plus intelligente, traçable et riche d’informations numériques.
La création de données et d’informations est une attente forte de la part de nos clients entreprises, qui vont pouvoir bénéficier de services particulièrement innovants grâce à un système d’information sans précédent, permettant à très court terme de tracer et même de dériver le courrier. Nous allons également participer à la création d’un Observatoire du papier, pour partager et valoriser, dans une logique pluridisciplinaire, tous les usages du papier… Avec le développement de l’e-commerce, ce que nous savons faire le mieux devient encore plus complexe.
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