Dans un crédit syndiqué, le rôle de l’agent est important. L’agent est mandaté par l’ensemble des banques participantes. Il centralise tous les flux financiers et toutes les communications avec l’emprunteur. Il est l’interlocuteur privilégié de l’emprunteur. Entretien avec Thierry Bonnel, agent chez BNP Paribas. Comment s’est développée récemment la fonction agent en France ?BNP Paribas a été la première banque française à mettre en place une fonction agent séparée et indépendante. Cette fonction existait déjà sous cette forme chez d’autres banques américaines ou européennes, mais elle était vue comme une simple "boîte à lettres".
BNP Paribas a repris le concept anglo-saxon : la professionnalisation et l’indépendance vis-à-vis du rôle de prêteur. Elle y a ajouté une forte dimension de service rendu à l’emprunteur et aux banques participantes : rôle de conseil et de "facilitateur".
L’importance de la fonction s’est par ailleurs considérablement accrue avec le développement très rapide du marché des crédits syndiqués (augmentation de la taille des syndicats) et de la sophistication des financements. Cette fonction est aussi devenue plus exposée en termes de risque opérationnel et de risque de réputation, et les banques agents ont dû s’adapter.
A l’initiative de BNP Paribas, et en s’inspirant du modèle Groupe Agent anglais de la British Bank Association (BBA), elles sont depuis 2003 réunies au sein d’un Groupe Agent de la Fédération des banques françaises (FBF) afin de définir et diffuser les bonnes pratiques. Ce groupe se réunit environ toutes les six semaines. Il est constitué de six établissements et est épaulé par deux cabinets d’avocats.
Plus particulièrement, comment est organisée la fonction d’agent chez BNP Paribas ?BNP Paribas emploie des professionnels de la fonction Agent, ce qui signifie qu’une équipe est entièrement dédiée à ce rôle. Au sein de l’équipe, les personnes ne sont pas spécialisées par type de financement. Ceci afin de privilégier le savoir-faire agent. A court terme, cela implique pour chaque nouveau collaborateur une période d’adaptation plus longue, mais sur la durée, cela donne un savoir-faire plus riche. En outre, cela permet de diffuser des bonnes pratiques entre les contrats des différentes lignes métier, ce qui apporte une valeur ajoutée aux "originateurs".
BNP Paribas se concentre sur les rôles d’agent les plus visibles. L’expertise et la qualité sont privilégiées par rapport au volume. Les principaux critères sont les suivants :
- un rôle visible (complexité de la transaction, taille du syndicat), et en particulier les financements sur lesquels BNP Paribas a été seul "arrangeur"
- une attente particulière de l’emprunteur, car c’est un service rendu
- le montant de la commission qui peut être substantiel pour les financements structurés. Malgré ce dernier point, l’Agency est un centre de coûts.
Quelles sont les grandes tendances concernant ce rôle ? Est-ce une activité de plus en plus concurrentielle ? Y a-t-il de plus en plus de risques à l’exercer ?La notion de concurrence entre les banques agents est particulière. La concurrence s’exerce d’abord au niveau de l’octroi des mandats d’"arrangeurs", le service "agent" étant une prestation complémentaire.
Parmi les banques "arrangeurs", pour l’attribution du rôle d’agent, différents critères pourront être considérés (prix, aspects relationnels, ...). In fine, c’est la réelle capacité en termes de ressource et d’expertise qui prévaudra.
Certaines banques, notamment les pures banques d’investissement, essaient d’éviter ce rôle. Une taille critique et un important investissement sont nécessaires pour la tenue efficace de ce rôle. BNP Paribas, leader européen des crédits syndiqués, a bien sûr la taille critique et investit depuis longtemps dans la fonction.
L’importance du rôle d’agent est de plus en plus perçue et pour les établissements "leaders", la capacité "agent" devient un complément indispensable à la capacité "arrangeur". L’agent est juridiquement mandaté par les banques participantes et le service "agent" est d’abord un service interbancaire.
Les deux risques principaux sont le risque de réputation et le risque opérationnel. Pour les réduire, il faut une bonne organisation et éviter que les emprunteurs imposent inutilement des modalités difficilement gérables. L’examen critique et préalable des documentations par des spécialistes de la fonction agent est indispensable.
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