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Des marchés financiers toujours plus créatifs

28 juillet 2007

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Le développement de la banque d’investissement et la concurrence sur ce secteur conduisent acteurs de marchés et acteurs bancaires à répondre de manière extensive à une demande «à la carte», mais aussi à créer de nouveaux besoins chez les investisseurs. Créatifs, les marchés financiers ? En auriez-vous douté ? Nouveaux métiers, nouvelles offres, effets de mode… Cette créativité donne aujourd’hui du souffle aux marchés financiers et leur permet de répondre à des problématiques plus larges. Économiques certes, mais pas uniquement, puisque les marchés donnent des solutions à des questions de société, politiques ou environnementales.

«Tout s’achète et tout se vend», on connaît la formule. «À condition d’être créatifs !», complètent les experts des marchés financiers. Prenez l’exemple du développement du marché de dioxyde de carbone (CO2). Ce marché, émergent, est le lieu d’échange des parts de CO2 allouées aux industriels par le protocole de Kyoto en 2005. Les industriels les plus pollueurs peuvent ainsi racheter des parts de CO2 aux industriels moins pollueurs ou à des spéculateurs, et ce à échelle mondiale.

«Le marché a permis aux industriels de trouver un lieu d’échange et une solution innovante qui permet de mettre un prix sur l’intangible des émissions de gaz polluants, et de créer ainsi un échange rendant profitable la baisse des émissions de CO2 pour les industries polluantes», analyse Muriel Dussart, partner chez CSC. Le marché serait-il alors le meilleur moyen de sauver la planète ? Sans créer de polémique, rappelons que ce n’est pas un coup d’essai : les premiers marchés volontaires d’échange de souffre sont en effet nés dès les années 1970.

Les marchés, une réponse créative à certains problèmes jusque là irrésolus
Face à des problématiques complexes comme le développement durable, la législation ne suffit pas toujours. En effet, comment convaincre un industriel, dont le but principal est d’être profitable, que la lutte contre le réchauffement climatique est, pour lui, un enjeu direct ? Si le coût du réchauffement climatique a été évalué par le rapport Stern à 5.500 milliards d’euros, reste encore à impliquer directement les acteurs. Les marchés financiers apportent ici une simplification cruciale de la problématique pour les industriels en valorisant un actif aussi incorporel que le CO2. Ainsi, le marché est capable d’évaluer en rapport avec la législation des accords de Kyoto, le prix d’une tonne de CO2 à 50 cents aujourd’hui. Le marché prévoit également son coût futur… 20 euros en 2008 !

Les solutions novatrices apportées par les marchés ne se cantonnent pas au développement durable. Cela en surprendra peu : les marchés font preuve d’une grande créativité dès qu’il s’agit de prévoir le futur et de couvrir les risques encourus par les entreprises. En chiffrant le coût du risque et en le mutualisant, les marchés - et donc les institutions financières - sont de plus en plus capables de prévoir et de maîtriser les risques, mais aussi d’apporter des solutions de crédit de plus en plus poussées aux entreprises. Au sein des banques d’investissement, les pôles en charge de la continuité du service (Business Continuity Units) peuvent aujourd’hui établir le coût de risques aussi fins que ceux que représentent la grippe aviaire ou une attaque terroriste.

Des marchés plus régulés permettent aujourd’hui d’éviter, dans une plus grande mesure, ce que les financiers nomment «risque systémique» (la paralysie de l'ensemble du système financier, par le biais d’engagements croisés et d’un effet «boule de neige»). Alors que les pertes du fonds spéculatif (hedge fund) Long-Term Capital Management avaient menacé l’économie mondiale en 1998, la faillite du géant Amaranth Advisors, l’an dernier, a pu être absorbée par les marchés. Plus institutionnalisés, les marchés financiers sont plus sûrs, et se démocratisent avec l’apparition du capitalisme patrimonial. Par le biais de fonds de pensions ou de participation salariale, la finance devient accessible à un plus grand nombre. Le marché est donc un lieu social où une population grandissante décide ensemble des investissements futurs.

Un secteur dynamisé
Les marges importantes des opérations de marchés attirent les banques mais engendrent également la multiplication de structures comme les fonds spéculatifs ou les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). Ainsi le nombre de fonds spéculatifs est passé de 2.000 en 1990 à 9.000 en 2004. La concurrence accrue sur ce secteur rend la course au profit plus ardue, mais dynamise le secteur et pousse à la créativité. Les banques d’investissement recrutent de plus en plus de profils très variés, allant du mathématicien au MBA en finance, et de nouveaux métiers sont crées pour établir de nouvelles offres et créer de nouveaux besoins.

La diffusion des produits structurés, produits financiers complexes issus de superpositions et de combinaisons de produits «vanilles» comme les actions ou les obligations, a institué par exemple le métier de structureur, en charge du montage et de la conception de ces produits. Ces nouveaux produits qui mettent à contribution la créativité et la réactivité au marché du structureur dégagent en effet une marge plus importante liée au travail de structuration.

Autre exemple : celui de l’investissement socialement responsable (ISR) qui consiste à sélectionner pour des fonds dédiés par exemple, les titres des entreprises les plus performantes en termes de critères financiers mais aussi de critères sociaux, et qui est assuré par les analyste ISR, un autre métier émergent, notamment en France. D’autres investissements «à la carte» sont possibles et entraînent la création de postes de spécialistes afférents. Pour exemple, les analystes de fonds islamiques assurent aux investisseurs la conformité de leur offre d’investissement aux principes de l’Islam en refusant certains secteurs industriels et en évitant les produits à intérêt direct.

Le revers de la créativité : une industrie changeante et rythmée par les modes
La volatilité et la liquidité entraînées par la spéculation de masse accroissent les cycles et les mouvements financiers. Le rythme frénétique des marchés financiers peut même rencontrer la comparaison avec celui de l’industrie de la mode. Comme pour la mode, la finance est l’objet de tendances… et celles-ci durent de moins en moins longtemps. Il existe ainsi des produits phares de la finance, avec par exemple, le succès rencontré pour les matières premières (commodities) ou les trackers, des outils financiers dont la valeur monétaire ou le taux de rendement est directement et totalement indexé sur l'évolution d'une donnée économique ou financière (taux d'intérêt, indice boursier, résultats d'une branche d'activité d'une entreprise, etc.)

Autre parallèle avec la mode, les investisseurs et spéculateurs de masse n’hésitent plus à suivre les traces des stars du milieu –les gérants de fonds Warren Buffett (Berkshire Hathaway) ou Abigail Johnson (Fidelity) – et à repérer les stratégies de ces «créateurs de mode» pour faire mieux que la moyenne des performances des marchés.


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