Des états financiers clairs et transparents, enfin !Partout dans le monde, XBRL (l’abréviation d’eXtensible Business Report Language) s’impose comme le format destiné à accroître la transparence et la lisibilité des informations financières. Très tôt convaincu des opportunités offertes par XBRL, et impliqué dans différents projets liés aux normes IAS/IFRS, CSC a choisi Bruxelles pour y développer son centres de compétences international. Nous avons récemment eu l’occasion de rencontrer Olivier Servais, consultant spécialisé en XBRL, qui nous a livré ses impressions du marché.Les marchés financiers peinent à sortir la tête de l’eau. Quelle en est votre interprétation ?L’éclatement de ce que les médias n’ont pas hésité à appeler la bulle spéculative Internet, et en particulier les scandales révélant des malversations comptables au sein de sociétés de renom telles qu’Enron, Worldcom ou encore Tyco, a interpellé une population plus large que celle concernée jusqu’à présent par l’échange d’informations financières. Il a également provoqué une réflexion plus profonde dont l’adoption d’un nouveau référentiel comptable est une illustration.
Dans ce contexte, quel est le rôle de ces nouvelles normes IFRS, dont tout le monde parle ?Au 1er janvier 2005, ce sont environ 7000 entreprises européennes cotées en bourse, dont près de 170 en Belgique, et leurs filiales, qui auront fait évoluer leur système comptable en concordance avec les normes IFRS (International Financial Reports Standards, anciennement IAS) sur prescription de la Commission européenne (règlement adopté le 7 juin 2002). On ne manquera pas de relever le quasi-échec de ladite Commission de n’avoir su, ou pu, développer son propre référentiel et d’avoir retenu celui développé par une organisation privée, l’International Accounting Standards Board, aujourd’hui dirigée par l’ancien patron de la Réserve fédérale américaine, Paul Volcker. Mais ce qui était interprété par certains comme un nouveau signe d’hégémonie anglo-saxonne est à présent perçu comme chargé d’opportunités. On pense bien évidemment au projet de convergence avec les normes américaines, projet qui pourrait se concrétiser plus tôt que prévu et qui verrait s’aligner les US GAAP et les IFRS. En outre, à l’instar de l’Espagne et du Portugal qui ont choisi de faire évoluer leur système comptable vers les IFRS pour toutes leurs entreprises, et pas seulement celles cotées en bourse, plus d’une centaine de pays parmi lesquels l’Argentine ou l’Australie, est également, ou le sera d’ici peu, passé aux standards IFRS. D’autres pays européens ont entamé une réflexion allant dans ce sens.
Au fond, quelles sont les motivations de la Commission de Bruxelles ?L’adoption des IFRS par la Commission européenne traduit d’une part sa volonté de doter les entreprises cotées de chaque état membre d’un même référentiel, principalement aux fins de comparabilité, d’autre part d’offrir aux actionnaires une information de l’entreprise plus basée sur sa valeur (« fair value») que par ses coûts. La prise en compte des actifs et passifs de l’entreprise à leur juste valeur se fonde sur l’idée que la valorisation optimale d’un poste bilantaire est relative à sa mobilisation. La valeur de l’entreprise est ainsi déterminée dans le cadre de l’ensemble de ses flux de trésorerie futurs. Chaque élément est ainsi considéré, non pas individuellement mais dans le contexte global de son objet social. Comparée à la vision actuelle, les IFRS donne une image de l’entreprise tournée vers l’avenir plutôt que vers le passé. L’adoption des IFRS, qui consiste à adapter ses techniques comptables pour présenter une situation de l’entreprise conformément aux normes de l’IASB, représente donc pour l’entreprise un défi qui ne se limite pas à la « simple » adaptation technique ou technologique.
Les exigences des marchés financiers, stimulés par la crainte de nouveaux scandales, de disposer d’une information financière plus détaillée, plus lisible, plus rapide et facilement comparable, ne sont que partiellement satisfaites. Est-ce là qu’intervient XBRL ?Exactement ! Imaginé en août 2000 par un comptable américain et relayé par sa corporation, l’American Institute of Certified Public Accountants, XBRL a été conçu pour faciliter la communication d’informations financières en s’appuyant techniquement sur le standard XML (eXtensible Markup Language). Ce standard, créé par le consortium W3C qui réunit tous les acteurs Internet et qui avait auparavant développé le format HTML, permet de présenter de l’information sur un site Web. XML est considéré comme un format universel en ce qu’il permet à l’utilisateur de créer un document et de l’exploiter, dans une application compatible. Microsoft, par exemple, a fait reposer la prochaine version de sa suite Office sur XML : un document ne sera plus sauvegardé en «.doc» sous Word ou en «.xls» sous Excel, mais en XML dans les deux cas. La plupart des autres éditeurs de logiciels suivent la même tendance.
Et XBRL dans tout cela ?En réalité, XBRL adopte les mêmes règles qu’XML mais s’en distingue en ce qu’il concerne exclusivement la sphère financiere, en intégrant les spécificités des normes comptables. Grâce à une sorte de dictionnaire, appelé taxonomie, un document XBRL reprendra, dans un format électronique compris par la plupart des applications bureautiques, les informations financières de l’entreprise avec la structure attendue par son correspondant : analyste, bourses, commission financière, actionnaire, société-mère… Ne plus avoir à ré-encoder l’information telle que publiée actuellement sur papier (ou en PDF) fait gagner un temps précieux, donc de l’argent, et supprime tout risque d’erreurs, avec l’assurance, grâce à ces normes comptables, d’avoir la bonne valeur, avec l’acception voulue, de n’importe quel poste du bilan, du compte de résultats ou des annexes. La comparaison des résultats de différentes entreprises sera alors un jeu d’enfants…
On ne parle pourtant de standard que lorsque c’est adopté par le plus grand nombre, non ?C’est exact. C’est pourquoi, de nombreuses organisations publiques et privées, conscientes de ces atouts, n’ont pas hésité à l’intégrer comme format-pivot de leur chaîne d’informations. Ainsi, des entreprises telles que Microsoft, Morgan Stanley ou encore Reuters publient déjà leurs résultats périodiques en XBRL. Des institutions de contrôle tels que le FDIC (organisme fédéral américain de dépôt des comptes des institutions bancaires), EDGAR (idem pour les entreprises suivies par la SEC) ou encore l’administration fiscale britannique (Inland Revenue) prescrivent également XBRL. Plus près de chez nous, on observera les démarches de la Commission européenne et de différents organes de contrôle qui évoquent la prescription d’XBRL dans les prochaines années. Ainsi, la Commission des normes comptables, la Centrale des bilans de la Banque nationale de Belgique ou encore la Commission bancaire et financière ont fait preuve d’un grand intérêt et ont décidé d’approfondir leur connaissance du sujet.
Mais alors quel est le lien avec les IFRS ?En effet, la structure d’un document XBRL est prescripte par les normes comptables, comme les IFRS. Une des faiblesses attribuées à ces normes, comparées par exemple au référentiel existant aujourd’hui en Belgique et en France, est l’absence, en IFRS, de structure et de schéma. Si les normes décrivent les règles à appliquer, par exemple, pour l’amortissement d’un bien ou celles dans le calcul des provisions de pension, elles ne définissent aucunement la manière dont ces informations doivent être présentées. XBRL est la solution magique… ou presque ! Conscient de cette faiblesse, certains régulateurs n’hésitent pas à développer des formulaires électroniques en XBRL, formulaires qui pourront, avec toute la sécurité exigée et les mécanismes de contrôle traditionnels, être complétés directement par une application bureautique. Il s’agit donc, , de simplifier, - d’aucuns parlent d’automatiser -, la chaîne d’informations financières entre le producteur, -l’entreprise-, et celui qui s’en nourrit pour en vérifier la conformité, pour évaluer ses opportunités d’investissement, etc.
C’est assez prometteur, mais tout cela ne concerne actuellement que les entreprises cotées, n’est-ce pas ?C’est exact, mais cette adoption pourrait également, et très bientôt, concerner l’ensemble des entreprises. Ici aussi, XBRL pourrait être d’une grande utilité. En effet, si nous avons vu qu’XBRL pouvait simplifier la production des informations et leur donner une meilleure lisibilité, XBRL peut aussi faciliter le passage aux normes. Une des tâches prioritaires lors d’une conversion IFRS consiste à adapter son plan comptable. Cette démarche sera facilitée par les travaux d’une communauté d’informaticiens et de comptables qui a transposé en XBRL environ 2.600 éléments des normes IFRS pour en fabriquer une taxonomie. Ainsi, des logiciels assistent le financier à la création de son propre plan comptable en tirant un lien entre un élément d’une norme et un élément de ce plan (mapping). Et par comparaison avec un tableur généralement utilisé pour une telle création, XBRL permet d’adapter dynamiquement la granularité de détails, en insérant ou en retirant des éléments, selon ses propres besoins et/ou ceux de ses correspondants.
Est-ce aussi efficace dans un environnement informatique hétérogène ?Par son côté universel, XBRL facilite et automatise l’importation de données provenant d’environnements informatiques hétérogènes. Ainsi, on détermine dans un document qu’une information bilantaire doit provenir d’une application, tandis qu’une autre information émanera d’une autre application (sourcing). Ce lien étant déterminé de manière dynamique, tout changement de la structure bilantaire sera répercuté dans le document XBRL. Ainsi, l’application de gestion (ERP), dont la plupart des éditeurs (SAP, Navision, Hyperion…) contribuent aux développements de conception d’XBRL, pourra générer, aussi souvent que souhaité et avec une intervention très réduite, les états financiers de l’entreprise.
L’avènement d’XBRL semble aussi inéluctable que les IFRS…C’est vrai, soit spontanément par les entreprises soucieuses de diminuer les coûts de conversion IFRS et d’améliorer la communication d’informations financières, soit via une recommandation de la part des organes régulateurs pour accroître la transparence et faciliter la comparabilité des résultats des entreprises. Si la question n’est plus de savoir si XBRL sera adopté, mais quand, la réponse est maintenant.
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